Information documentation : une didactisation en cours

La discipline d'enseignement du professeur documentaliste est l’information-documentation, administrativement reconnue sous l’appellation « documentation » dans le décret de 2014. Elle est issue de la didactisation, par les professionnels eux-mêmes, des concepts des sciences de l'information et de la communication, débutée à la création du CAPES en 1989. La maîtrise de l’information initiale relevait d'une approche procédurale, ancrée dans la méthodologie. Son caractère fortement contextualisé, en particulier par l'appropriation d'outils vite dépassés, compte-tenu de l'évolution très rapide du paysage informationnel et médiatique, rendait les apprentissages difficilement transférables pour les élèves. Elle a progressivement évolué vers une dimension plus ambitieuse : la culture informationnelle, culture de l'information ou encore culture de l'information et des médias. Celle-ci prend en compte des compétences intégratives, qui articulent des savoirs, des savoir-faire et des attitudes. L'approche par les notions et les enjeux informationnels lui permet de dépasser les limites de l'approche procédurale.

Pour en savoir plus :

Programmes d'enseignement : ou est l'info doc ?

Depuis la rentrée 2015, il existe dans les programmes du collège une Éducation aux Médias et à l’Information (EMI), comprise dans le Socle commun de connaissances, de compétences et de culture, que l’École doit faire acquérir à chaque élève. Ses contenus empruntent largement à l’information-documentation, dont les professeurs documentalistes sont porteurs, sans la recouvrir entièrement. Ils se définissent ainsi, sur la base des travaux du GRCDI et de l'A.P.D.E.N. consultés par le CSP dans le cadre de l'élaboration des programmes, selon les trois grandes thématiques suivantes :

  • une première connaissance critique de l'environnement informationnel et documentaire du XXIe siècle
  • une maîtrise progressive de sa démarche d'information, de documentation
  • un accès à un usage sûr, légal et éthique des possibilités de publication et de diffusion

 

L’EMI a été conçue comme une « éducation à », c’est à dire un enseignement dit transversal, auquel toute discipline au programme est censée contribuer. Un écueil induit par ce choix a déjà été formulé à propos de l'Education aux Médias (EAM), qui a précédé l'EMI dans les programmes scolaires. Concrètement, il implique qu'aucun horaires dédié n'existe pour enseigner l'EMI, ce qui rend sa mise en œuvre difficile, aléatoire, et inégale en fonction des contextes locaux de chaque établissement. En l'absence d'un dispositif permettant une lisibilité du parcours de formation de chaque élève en la matière, et une évaluation pertinente des apprentissages de ces derniers, rien ne garantit que les contenus de l'EMI seront effectivement dispensés, et acquis, par tous les élèves de manière égale.

Les profs documentalistes, souvent initiateurs dans ce domaine, doivent ainsi négocier des heures dans le cadre des disciplines et dispositifs à l'emploi du temps des élèves, pour enseigner l’EMI - qui ne représente de plus qu'une part des contenus de l'information-documentation. Cet état de fait rend presque impossible l’ambition de transmettre à tous les élèves une culture de l’information et des médias, pourtant soutenue par l'UNESCO  , et dont les enjeux ont été reconnus par la Ministre de l’Éducation nationale.

Info doc, EMI, numérique

Le second écueil du choix de la transversalité concerne l'absence d'identification d'un enseignant spécialiste, à qui la responsabilité de l'enseignement serait particulièrement confiée : tout enseignant peut, théoriquement, faire de l'EMI ; cependant, aucun n'est tenu d'en rendre compte. Ce choix questionne aussi la reconnaissance des apports spécifiques de chaque discipline, qui sont un prérequis indispensable pour permettre la construction d'une véritable approche transversale. Dans ce contexte, si l'on reconnait la nécessité de cette expertise théorique, et l'existence de savoirs de référence associés, les professeurs documentalistes peuvent légitimement être attendus dans ce domaine, au regard de l'état de la recherche en SIC  et du niveau de formation attendu au CAPES section documentation. Pour autant, le premier projet de programme pour l'EMI, élaboré de manière ambitieuse sur la base des contenus de l'information-documentation, a subi une simplification très marquée, fondée pour une grande part sur l'effacement des notions à enseigner, pour aboutir à la version finalement adoptée. Une démarche a d'autre part été initiée par l'institution pour assurer une formation à l'EMI des professeurs de l'ensemble des disciplines d'enseignement. Dans ce contexte, nombre de professeurs documentalistes s'estiment évincés de ce qui constitue pourtant l'enseignement le plus proche de leur discipline de référence.

L'EMI sur la toile ? Recension. V. Delarue. InterCDI n°256-57, sept-oct. 2015.
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